Comment les groupes trouvent-ils de nouvelles idées de répertoire ?
Un groupe de musique peut jouer les mêmes morceaux pendant des mois sans vraiment s’en rendre compte. Au début tout fonctionne. Les titres sont connus, les enchainements deviennent faciles et chacun sait presque automatiquement ce qu’il doit faire. Puis un soir quelque chose se passe moins bien. Un morceau que l’on aimait beaucoup semble soudain trop long. Un autre, presque ajouté par hasard, provoque davantage de réactions.
C’est souvent comme cela qu’un répertoire commence à bouger. Pas forcément après une grande réunion autour d’une table. Une idée arrive en répétition, un musicien ressort une vieille chanson, le public réagit différemment ou une contrainte oblige à jouer autrement. Le groupe écoute. Il essaie. Quelquefois cela ne donne rien. Et quelquefois une nouvelle direction apparait.
Avec le temps, on comprend surtout qu’un répertoire vivant ne se construit pas uniquement avec une liste de bons morceaux. Il faut voir ce qui fonctionne réellement lorsque plusieurs musiciens jouent ensemble et lorsque le public est devant.
Une répétition ne sert pas seulement à refaire ce que l’on connait déjà
La répétition sert bien entendu à travailler les morceaux. Reprendre une introduction, corriger un accord, retrouver un départ ou régler un problème de rythme. Mais si chaque séance consiste uniquement à rejouer exactement la même chose, le groupe finit quelquefois par tourner en rond. Il faut aussi laisser un peu de place à ce qui n’était pas prévu.
Un guitariste commence un motif pendant que les autres règlent leur matériel. Le batteur le reprend. La basse arrive ensuite. Personne n’avait prévu de créer un morceau. Pourtant il se passe quelque chose. Cela peut s’arrêter trente secondes plus tard. Mais cela peut aussi devenir une idée à conserver. C’est pour cette raison qu’enregistrer certaines répétitions est utile. Le passage intéressant arrive souvent lorsque personne n’était vraiment prêt à le noter.
- essayer un autre rythme sur un morceau connu ;
- changer la place d’un instrument ;
- retirer une partie au lieu d’en ajouter une ;
- tester une introduction plus courte ;
- enregistrer les improvisations qui arrivent sans prévenir.
Le public donne quelquefois une réponse beaucoup plus rapide que les musiciens
Un groupe peut passer plusieurs semaines à travailler un morceau et être persuadé qu’il deviendra l’un des meilleurs du concert. Puis arrive la scène. Le titre est bien joué. Pas de problème particulier. Mais dans la salle il ne se passe presque rien. Les applaudissements arrivent, bien sûr, mais on sent que quelque chose est retombé.
A l’inverse un morceau très simple peut déclencher immédiatement une réaction. Des personnes reconnaissent l’introduction, commencent à bouger ou chantent le refrain. Ce genre de différence ne veut pas dire qu’il faut jouer uniquement ce que le public connait. Mais il serait dommage de ne pas regarder ce qui se passe devant soi. Dans d’autres formes de représentation, les réactions du public donnent exactement le même type d’informations.
Après quelques concerts certaines choses deviennent évidentes. Un titre placé trop tôt fonctionne moins bien. Une chanson que l’on gardait pour la fin peut être plus efficace au milieu. Quelquefois ce n’est même pas le morceau qu’il faut changer. C’est son emplacement.
Une vieille chanson peut retrouver une nouvelle vie
Tout renouveler ne signifie pas forcément chercher uniquement des nouveautés. Un vieux morceau peut revenir dans le répertoire après plusieurs années. Mais si on le rejoue exactement comme avant, l’envie ne revient pas toujours.
Changer le rythme suffit quelquefois. Une chanson assez lente devient plus vive. Un morceau autrefois très chargé est repris avec seulement une guitare, une basse et la voix. Cela oblige les musiciens à entendre autrement quelque chose qu’ils connaissent pourtant depuis longtemps.
Le public ressent aussi cette différence. Une chanson connue reste reconnaissable, mais elle apporte quelque chose de nouveau. C’est souvent plus intéressant qu’une reprise copiée note par note sur la version d’origine.
Une contrainte technique peut obliger à trouver une meilleure idée
Sur le papier tout est simple. Tous les instruments sont présents, la scène possède assez de place et la sonorisation fonctionne parfaitement. Dans la réalité ce n’est pas toujours comme cela.
Un ampli peut tomber en panne. Un musicien peut manquer. Une petite scène oblige à retirer du matériel. Quelquefois la balance dure moins longtemps que prévu. Il faut faire avec. Et c’est justement à ce moment que certaines idées apparaissent.
| Problème rencontré | Ce que le groupe peut essayer |
|---|---|
| Instrument absent | Réorganiser les parties au lieu d’annuler le morceau |
| Petite scène | Réduire le matériel et simplifier l’installation |
| Son trop chargé | Retirer certaines parties et laisser davantage d’espace |
| Problème d’amplification | Tester une version plus acoustique |
| Temps de balance réduit | Commencer par les réglages vraiment indispensables |
Il arrive alors qu’une version créée uniquement pour résoudre un problème devienne finalement meilleure que l’ancienne. Pas toujours. Mais cela arrive. Regarder d’autres formes de spectacle vivant montre d’ailleurs que cette adaptation permanente ne concerne pas uniquement les musiciens. Sur scène, beaucoup de choses doivent continuer même lorsque le plan initial ne fonctionne plus exactement.
Les musiciens de générations différentes n’écoutent pas toujours la même chose
Dans un groupe, dix ou vingt années d’écart peuvent changer beaucoup de choses. L’un arrive avec un vieux morceau qu’il connait depuis l’adolescence. Un autre n’en a jamais entendu parler. En revanche il fait découvrir un artiste actuel que les autres n’auraient probablement jamais cherché.
Ce mélange peut provoquer quelques discussions. L’un trouve une production trop moderne. L’autre considère qu’un vieux standard a déjà été repris mille fois. Mais justement, ces différences évitent parfois que le groupe reste enfermé dans les mêmes références.
Le plus intéressant arrive lorsque les influences commencent à se mélanger. Un ancien titre reçoit un rythme plus actuel. Une chanson récente est jouée avec une sonorité beaucoup plus classique. Ce n’était pas forcément prévu. Pourtant le groupe finit par trouver quelque chose qui lui ressemble.
Les archives personnelles contiennent quelquefois de meilleures idées que les playlists du moment
Beaucoup de musiciens possèdent des morceaux qui n’ont jamais été terminés. Un fichier enregistré rapidement sur un téléphone. Une ancienne maquette. Quelques accords notés sur une feuille. Puis plus rien.
Plusieurs années plus tard, ressortir ces fragments peut être intéressant. Le musicien lui-même a changé. Le groupe aussi. Une idée abandonnée parce qu’elle ne fonctionnait pas à l’époque peut soudain trouver sa place.
Il ne faut donc pas conserver uniquement les morceaux terminés. Une improvisation de deux minutes peut contenir dix secondes intéressantes. Un refrain sans couplet peut attendre plusieurs mois avant que la suite arrive.
Et cela dépasse d’ailleurs le simple plaisir d’entendre une chanson. La musique touche aussi à la mémoire, au partage, au mouvement et à ce que l’on vit avec les autres. Pour prolonger cette idée, on peut lire cette réflexion autour de l’expérience musicale.
L’improvisation fonctionne surtout lorsque chacun accepte de ne pas jouer tout le temps
Improviser à plusieurs semble simple. Quelqu’un commence et les autres suivent. En réalité, le problème arrive vite lorsque chacun veut ajouter quelque chose en même temps. La guitare remplit tous les espaces, la batterie multiplie les changements, la basse cherche à suivre et personne ne laisse vraiment respirer le morceau.
Avec l’habitude, les musiciens apprennent aussi à attendre. Deux mesures sans jouer peuvent être plus utiles qu’une nouvelle phrase. Le silence devient une partie de l’arrangement.
C’est souvent pendant ces moments assez libres qu’une idée « brute » apparait. Un riff. Une rupture. Une manière différente de terminer. Le principe de départ ressemble d’ailleurs à celui de l’idée nouvelle qui apparait avant d’être réellement construite. Ensuite seulement vient le travail.
L’improvisation donne la matière. La répétition suivante décide si cette matière mérite vraiment de devenir un morceau.
Un nouveau morceau n’entre pas dans le répertoire uniquement parce qu’il plait au groupe
Il arrive qu’un musicien propose une chanson que tout le monde aime. Cela semble donc réglé. Pourtant après deux répétitions personne n’arrive vraiment à la faire fonctionner. La tonalité convient mal au chanteur. La partie de guitare est trop chargée. Ou simplement le morceau ne ressemble pas au reste du programme.
Il faut alors choisir. Continuer à travailler ou abandonner. Ce n’est pas toujours agréable parce que personne n’aime laisser de côté une chanson qu’il apprécie. Mais un répertoire n’est pas une collection personnelle. Les morceaux doivent fonctionner ensemble.
A l’inverse un titre que personne ne trouvait extraordinaire au départ peut progressivement prendre sa place. Il devient agréable à jouer et fonctionne très bien devant le public. Le groupe change alors d’avis.
La scène révèle les longueurs que l’on ne remarque pas toujours en répétition
En répétition, recommencer un passage ne gêne personne. On s’arrête, on discute puis on reprend. Cela donne quelquefois une fausse impression de la durée réelle d’un morceau ou d’un enchainement.
Sur scène tout devient continu. Trois chansons lentes placées les unes derrière les autres peuvent soudain paraitre très longues. Une introduction de deux minutes que les musiciens adorent peut faire retomber la salle.
Il faut quelquefois couper.
Ce n’est pas toujours facile parce qu’un passage peut être musicalement intéressant et pourtant inutile dans le concert. Mais le programme complet compte davantage qu’un morceau pris séparément.
Un groupe doit savoir pourquoi il ajoute un morceau
Ajouter une chanson uniquement parce qu’elle est connue peut fonctionner un moment. Mais si elle ne correspond pas du tout au groupe, elle finit quelquefois par devenir celle que personne n’a envie de jouer.
Il vaut mieux se demander ce qu’elle apporte. Un changement de rythme ? Une chanson connue par le public ? Un passage plus calme ? Une occasion de mettre la voix en avant ? Un morceau pour terminer ?
Cette question simple évite d’accumuler les titres sans véritable logique.
- apporter une autre couleur au programme ;
- changer le rythme du concert ;
- faire participer davantage le public ;
- mettre en valeur un musicien ou la voix ;
- créer une transition avec un autre morceau ;
- terminer le concert avec davantage d’énergie.
Le répertoire doit évoluer sans devenir méconnaissable à chaque concert
Changer constamment peut également devenir un problème. Un groupe qui remplace la moitié de ses morceaux chaque semaine passe son temps à apprendre au lieu de réellement jouer.
Il faut garder une base solide. Des morceaux que chacun connait parfaitement et qui permettent de se sentir à l’aise sur scène. Autour de cette base, quelques nouveautés peuvent entrer progressivement.
Cette manière de faire donne aussi au public des repères. Quelqu’un qui revient voir le groupe peut retrouver une chanson qu’il avait appréciée la fois précédente tout en découvrant autre chose.
Le renouvellement ne consiste donc pas forcément à tout jeter. Il consiste plutôt à éviter que le programme se fige.
Un bon morceau sur scène n’est pas toujours le morceau qui demandait le plus de travail
C’est quelquefois frustrant pour les musiciens. Un titre difficile a demandé plusieurs semaines. Tout a été travaillé : les breaks, les harmonies, les transitions. Puis le public applaudit correctement.
Juste après, le groupe joue une chanson beaucoup plus simple. Trois accords, un refrain connu et presque aucun effet particulier. La salle réagit beaucoup plus.
Il ne faut pas forcément en conclure que le travail ne sert à rien. Mais cela rappelle que le public ne sait pas combien d’heures ont été nécessaires.
Il reçoit le résultat.
Et ce résultat dépend de beaucoup de choses : le morceau bien sûr, mais aussi l’énergie, le moment du concert, la manière de l’introduire et ce qui vient juste avant.
Faire connaitre le concert reste encore une autre histoire
Un groupe peut posséder un excellent répertoire et jouer devant très peu de personnes si personne ne connait la date du concert. La création musicale et la visibilité sont deux problèmes différents.
Les réseaux sociaux ont changé beaucoup de choses, mais les supports plus classiques n’ont pas complètement disparu. Selon le lieu, le public et le type d’événement, la promotion d’un spectacle peut encore passer par plusieurs moyens.
Un bon morceau ne remplace donc pas la communication. Et une bonne communication ne transforme pas non plus un répertoire mal préparé en bon concert.
Il faut les deux.
Quelques questions reviennent souvent lorsqu’un groupe renouvelle son programme
Combien de nouveaux morceaux faut-il ajouter en même temps ?
Il n’existe pas de nombre idéal. Mais ajouter plusieurs morceaux nouveaux juste avant un concert peut créer beaucoup de travail inutilement. Deux ou trois titres bien préparés apportent souvent davantage qu’une longue liste encore hésitante.
Faut-il retirer un morceau qui fonctionne moins bien ?
Pas immédiatement. Il peut être mal placé dans le programme ou avoir besoin d’un autre arrangement. Il vaut mieux essayer plusieurs solutions avant de l’abandonner. Par contre, si après plusieurs concerts le même passage fait toujours retomber l’énergie, il faut peut-être accepter de le laisser de côté.
Les contraintes techniques peuvent-elles réellement améliorer un morceau ?
Oui, quelquefois. Retirer un instrument oblige à entendre ce qui est vraiment indispensable. Une version simplifiée peut alors devenir plus claire que l’originale.
| Situation | Ce qu’elle peut provoquer |
|---|---|
| Musicien absent | Nouvelle répartition des parties |
| Petite scène | Version plus légère |
| Son trop chargé | Arrangement simplifié |
| Public peu réactif | Modification de l’ordre des morceaux |
Faut-il toujours suivre les réactions du public ?
Non. Sinon tous les groupes finiraient par jouer uniquement les chansons les plus connues. Le public apporte une information. Ensuite le groupe décide ce qu’il veut en faire.
Un morceau moins immédiatement accessible peut très bien rester dans le programme parce qu’il correspond à l’identité de la formation.
L’improvisation peut-elle vraiment donner naissance à un morceau ?
Oui, mais l’improvisation seule ne suffit pas. Elle peut faire apparaitre une bonne idée. Ensuite il faut la reprendre, couper ce qui ne sert à rien, trouver une structure et vérifier que le morceau fonctionne encore quelques jours plus tard.
Une idée excellente à vingt-trois heures pendant une répétition peut sembler beaucoup moins extraordinaire le lendemain.
Cela arrive aussi.
Conclusion : un répertoire vivant se construit surtout en jouant
On peut préparer des listes, écouter des centaines de morceaux et discuter longtemps de la direction musicale d’un groupe. Tout cela est utile. Mais beaucoup de décisions arrivent finalement lorsque les instruments sont branchés.
Une vieille chanson revient. Une improvisation fonctionne. Une contrainte oblige à simplifier. Le public réagit autrement que prévu. Puis les musiciens reviennent en répétition avec ce qu’ils viennent d’apprendre.
C’est ce mouvement qui garde un répertoire vivant.
Il ne faut pas chercher la nouveauté uniquement pour pouvoir dire que quelque chose a changé. Il faut surtout rester attentif. A ce que les musiciens prennent encore plaisir à jouer. A ce que le public reçoit. Et à ces petites idées qui arrivent quelquefois sans prévenir.
Parce qu’un nouveau morceau commence rarement par une grande déclaration.
Quelqu’un joue trois notes.
Un autre répond.
Et le groupe décide de recommencer.